Derniers Commentaires

RSS-Feed

News26 RSS Feed

RSS icon.svg

Qui est en ligne

Nous avons 218 invités en ligne

Rechercher

Quand l'Affaire DSK glisse sur le terrain racial PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 05 Août 2011 17:18

Kenneth Thompson, avocat de Nafissatou Diallo, n’hésite pas d’exploiter et de raviver le conflit entre juifs et noirs aux Etats-Unis.  Il semble vouloir adopter une posture qui s’apparente plus à un combat racial plutôt qu’à une défense juridique habituelle. Il a décidé de faire glisser l’affaire DSK, au départ axée sur une suspicion de viol, vers un problème intercommunautaire avec connotation raciste. Il veut prouver  que sa cliente a été victime d’une lutte de classe entre les nantis, qui ne se refusent rien et qui exploitent la détresse  des petites gens, face aux défavorisés qui subissent la loi du plus fort.

 

Par Jacques Benilouche

Cette stratégie, qui semble inadaptée par rapport à l’origine même de l’accusation, pourrait s’expliquer par des lacunes ou des légèretés du dossier. Après avoir lancé un appel stérile à la délation pour la recherche de victimes appâtées par des millions de dollars d’indemnités, il a modifié son système d’attaque pour s’éloigner de la seule défense de l’honneur d’une femme prétendue violée. L'avocat de Diallo essaye donc de mobiliser les membres de la communauté noire, les représentants d'associations communautaires africaines et les militantes noires pour le droit des femmes. D’ailleurs, les représentants de l'organisation «100 Blacks in Law Enforcement Who Care» ont tenu une conférence de presse devant le tribunal pénal de Manhattan pour appuyer sa cliente.

Juifs et noirs unis aux États-Unis

L’identité juive revendiquée par Dominique Strauss-Kahn n’est pas étrangère à la stratégie de l’avocat qui cherche à aborder le procès par le petit bout de la lorgnette raciale. Il a volontairement axé son angle d’attaque en s’appuyant sur les instincts antisémites d’une classe de noirs qui font de leur combat contre les juifs leur cheval de bataille.

Les relations entre juifs et noirs aux États-Unis étaient, à l’origine, exemplaires. Ils avaient ensemble une communauté de destin fondée sur la discrimination, les persécutions et la lutte pour l’émancipation.  Ils ont fait partie des mêmes classes pauvres qui se sont croisées dans les mêmes quartiers et les mêmes industries à la fin du 19ème siècle. Harlem fut d’abord un quartier juif avant d'être occupé par les noirs. Ils ont été, avec les italiens, les travailleurs de l'industrie de l'habillement qui s’étaient affranchis des frontières ethniques. Ils ont eu un cheminement similaire puisque New-York accueillit, à partir des années 1880, les juifs de l'Europe de l'Est qui fuyaient les répressions de l'Empire tsariste, tandis que les noirs quittaient le sud des États-Unis. Dans les années 1960, New-York comptait 38 % de catholiques blancs, 25 % de juifs, 20 % de noirs et 11 % de portoricains.

Les premiers syndicats n’avaient que des adhérents juifs qui organisaient leurs réunions en yiddish. Ils ont ensuite reçu les noirs et les italiens tout en conservant une position dominante alors que la base était recrutée parmi les populations noires et hispaniques. La majorité juive initia les adhérents du syndicat à des thèmes politiques comme la lutte contre le fascisme des années 1930 et pour la promotion des droits civiques des noirs. La tradition progressiste des juifs de l’Est, qui comptaient parmi eux une majorité de communistes, les poussa à défendre activement les noirs et à les aider à la création d'organisations pour la promotion de leurs droits civiques. Ils avaient développé ensemble la théorie que : « Le travailleur blanc ne connaîtra jamais la liberté aussi longtemps que le travailleur noir subit la servitude ». C’est pourquoi les noirs et les juifs étaient devenus des alliés actifs qui ont contribué à promouvoir à New-York, grâce à la cohabitation, une certaine « douceur » dans les relations interethniques pour favoriser la tolérance  à l’égard des noirs et pour répandre l’idée du « juif-meilleur-ami-des-noirs » .

Début de rupture

La radicalisation dans les années 1950 de la communauté noire dans sa lutte pour son émancipation entraîna un début de rupture avec les anciens alliés. Ils ont constaté qu’ils divergeaient sur la stratégie et sur les problèmes d’identité. Les noirs avaient décidé de s’orienter vers un séparatisme noir considéré comme suspect par les organisations juives. Le conflit, qui s’ouvrit aux médias, aux revues, à la presse syndicale et à la radio, s’envenima et devint précurseur de l'évolution du mouvement noir des années 1960 qui conduisit au mouvement séparatiste du Black Power et du nationalisme noir.

Les noirs prirent donc le contrôle d’un mouvement dont l’objectif fixait la redéfinition de l’identité noire mais  passait par le changement des alliances et par le début de l’antisémitisme noir. Les communautés juives entrèrent alors en controverse avec les noirs accusés de ségrégationnisme. L'injure de racisme fut utilisée des deux côtés. Les juifs mettaient en avant l’antisémitisme de leurs anciens partenaires tandis que les noirs fustigeaient l’image du juif, qualifié d’exploiteur du ghetto noir puisqu’il y détenait les commerces et les appartements.


Conflit israélo-arabe

Les noirs exploitèrent l’alibi du conflit israélo-arabe pour justifier leur antisémitisme camouflé sous la notion d’antisionisme. Ils trouvèrent auprès de certains pays arabes un soutien financier pour leur cause aux Etats-Unis. Pour coller aux palestiniens, les leaders noirs ont entrepris une campagne de conversion à l’islam à l’instar du leader noir Louis Farrakhan, suivi ensuite par Malcom X , alias El-Hajj Malek El-Shabazz. Ils se convertiront à l’islam pour donner plus de poids à leur combat. Farrakhan , né Louis Eugene Walcott, s’était rendu en 1996 en Libye pour recevoir le Prix Kadhafi des droits de l'homme, assorti d'une somme de 250 000 dollars . Les noirs avaient ainsi trouvé le financement de leur action politique, grâce à certains pays arabes, en échange d’un soutien pour la cause palestinienne.

Tous les noirs américains n’avaient pas suivi cette démarche puisque Martin Luther King fit exception. Il se rapprocha certes des revendications des noirs mais défendit le droit des juifs à avoir un État car le droit à la souveraineté est pour lui « un droit inaliénable de toute l'humanité ». C'est pourquoi il estimait que nier ce droit aux juifs est à son avis de l'antisémitisme : « Et qu'est l'antisionisme ? C'est le déni au peuple juif d'un droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour le peuple d'Afrique et accordons librement à toutes les nations de la terre. C'est de la discrimination envers les juifs, mes amis, parce qu'ils sont juifs. En un mot, c'est de l'antisémitisme. Antisioniste signifie de manière inhérente antisémite ».

Mais cet enseignement du leader de la cause noire ne survivra pas à sa mort puisque les mouvements nationalistes noirs prirent fait et cause contre tout ce qui était juif. Dominique Strauss-Kahn risque ainsi d’être le jouet du combat des noirs contre les juifs et contre la puissance blanche personnifiée selon eux par l’Etat juif. Dans leur raisonnement, Israël réprime les populations arabes tout comme la communauté juive américaine est censée se comporter vis-à-vis des noirs. Kenneth Thompson cherche une oreille attentive parmi ceux qui veulent faire du combat contre DSK la lutte des défavorisés et des opprimés face à la puissance financière juive et à l’impérialisme de l’Etat d’Israël.


Mise à jour le Vendredi, 05 Août 2011 17:35
 

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir